Technologies immersives : l’innovation industrielle se joue aussi sur la formation du personnel

Les technologies immersives (réalité virtuelle, augmentée ou mixte) semblent promises à un bel avenir dans les politiques d’innovation industrielle, avec une accélération annoncée des déploiements à grande échelle. Parmi les nombreux cas d’utilisation offerts par ces technologies, il en est un hautement stratégique pour le secteur industriel : la formation du personnel. Explications.

Les technologies immersives (Réalité virtuelle, augmentée, mixte) ne figurent pas dans la liste des innovations en cours de déploiement - ou d’expérimentation - de votre usine ? Combler cette « lacune » assez rapidement pourrait être une excellente idée… 

Il est vrai que l’innovation dans le secteur industriel est un sujet suffisamment vaste et complexe pour que votre entreprise ait pu passer à côté de ce qui ressemble de plus en plus à une tendance de fond : « les technologies immersives [ Réalité virtuelle, augmentée ou mixte ] ne sont plus un concept mais une réalité industrielle ! » annonçait déjà Capgemini fin 2018 dans les colonnes de L’Usine Digitale. 

Les déploiements à grande échelle se multiplient

Le cabinet conseil s’appuie sur les résultats d’une étude réalisée entre mai et juin 2018, auprès de 603 entreprises (industrie automobile, de la fabrication et de l’énergie) qui expérimentent et déploient déjà les technologies immersives. Des résultats qui augurent, sans ambiguïté, d’une multiplication rapide des déploiements à grande échelle des technologies immersives :

  • 46% des entreprises interrogées indiquent qu’elles le feront au cours des 3 prochaines années,
  • 38% envisagent ce déploiement d’ici 3 à 5 ans,

Et pour cause : 75% des entreprises ayant déjà largement déployé ces technologies affirment avoir constaté des bénéfices opérationnels supérieurs à 10%. Une véritable aubaine dans le domaine de l’innovation industrielle, ou les expérimentations de nouvelles solutions (digitales pour la plupart) peinent encore souvent à offrir des perspectives de retour sur investissement rapides.

Dans son analyse, Capgemini indique que « Les technologies immersives ont considérablement évolué en très peu de temps et devraient continuer sur leur lancée. Face à une concurrence féroce de la part des investisseurs américains et chinois, les entreprises doivent aujourd’hui rationaliser leurs investissements pour pouvoir tirer pleinement parti du potentiel de croissance offert par ces technologies ». Traduction : il est impératif de s'impliquer dès aujourd'hui de façon ciblée pour ne pas se retrouver à la traîne. Les plus rapides étant ceux qui tireront le plus de bénéfices de ces implémentations.

Technologies immersives dans l’industrie : un marché de 11 Mds$ en 2024 ?

Ce boom annoncé des technologies immersives, se retrouve dans l’étude prospective d’IDC (International Data Corporation) sur le marché des réalités virtuelle et augmentée : en novembre 2020, le cabinet d’étude publiait une mise à jour de ses prévisions, chiffrant à un peu plus de 12 milliards de dollars les dépenses mondiales dans les technologies immersives pour 2020 et à… 72,8 milliards en 2024 (soit un taux de croissance annuel moyen de 54%).

IDC qualifie 2020 –  marquée par la pandémie COVID-19 – comme un tournant majeur pour le marché des technologies immersives. Avec, certes des perturbations dans les chaînes d’approvisionnement ainsi que des approches « prudentes » en matière de dépenses… mais aussi des « entreprises et organisations de tous secteurs qui prennent conscience d’un besoin de réalité augmentée, mixte et virtuelle non exprimé jusque-là ». 

Que représente le secteur industriel dans ce marché ? Pas loin de 14% des dépenses en 2020 selon le cabinet d’étude et un total estimé à 11 milliards $ pour 2024.

Quelles applications dans l’industrie ? 

Dans l’industrie, « l’ensemble des secteurs est concerné, explique Patrice DUBOE chez Capgemini. La question n’est plus tellement de savoir si une industrie va choisir de passer à la réalité augmentée ou virtuelle, la question est quand. Et avec quelle ambition. Pour quel usage ». L’identification rapide des cas d’utilisation offrant le plus de potentiel figure d’ailleurs parmi les quelques recommandations stratégiques émises par le cabinet conseil.

Dans son étude Capgemini a pu identifier 4 grands domaines où les industriels exploitent les technologies immersives : 

  • La maintenance et la réparation : d’après l’étude il s’agit du domaine qui concentre aujourd’hui le plus d’efforts de la part des industriels. (cf. notre article « comment les technologies immersives contribuent à l’amélioration de la maintenance et des process industriels »).
  • La conception et l’assemblage
  • Le contrôle et l’assurance qualité, pour améliorer et accélérer les phases de surveillance et de contrôle, grâce à la réalité augmentée
  • Et enfin L’apprentissage et la formation des équipes

Même si la maintenance semble être le domaine qui focalise le plus d’attention aujourd’hui (ou plutôt en 2018 au moment de l’étude) quant à l’utilisation des technologies immersives, les applications dans le domaine de la formation du personnel ne doivent pas être négligées… Et ce pour plusieurs raisons : 

  • L’innovation en matière d’apprentissage n’améliore pas seulement les performances de la formation. Elle génère aussi des bénéfices sur d’autres domaines. Exemple : l’utilisation de tutoriels immersifs pour les équipes maintenance améliore l’apprentissage des procédures (plus rapide, moins coûteux) mais elle engendre aussi des gains de performance en matière de maintenance (gains de productivité, réduction des risques d’erreurs) !
  • Les bénéfices de l’utilisation de dispositifs de formation immersifs sont nombreux, significatifs et largement éprouvés, comme nous le verrons ci-dessous.
  • La formation des équipes impacte aussi un autre enjeu fondamental pour l’avenir de l’industrie : la gestion de son capital humain

Combler le déficit de compétences 

« D’ici 2022, plus de 26% des travailleurs du secteur de la fabrication auront plus de 55 ans, » Indique PTC (source SHRM – « Preparing for an Aging Workforce »). Face à cet inexorable vieillissement du personnel, l’éditeur de logiciels dédiés à l’industrie présente les technologies immersives comme un élément important des stratégies à mettre en place pour combler ce déficit de qualifications industrielles : ralentir la fuite des compétences, maximiser les compétences actuelles et « réapprovisionner le réservoir des compétences » en améliorant l’efficacité des process de formation pour les nouveaux arrivants.

Autre projection (américaine) tout aussi préoccupante, citée par Harvard Business Review (HBR) en introduction de son étude The Future of Work Is Immersive : « Dans l'industrie manufacturière, le déficit de compétences peut laisser craindre jusqu'à 2,4 millions d'emplois non-pourvus entre 2018 et 2028, avec un impact économique pouvant atteindre 2500 milliards de dollars »…

En France, la problématique est similaire. C’est en tout cas ce que montre ce graphe illustrant les difficultés de recrutement rencontrées par les PME industrielles (source Bpifrance Le Lab – 2018) : 

Dès lors, en quoi les technologies immersives peuvent-elles être déterminantes sur ce sujet crucial pour l’industrie ?

Immersive learning : la « killer app » de la réalité virtuelle

Utilisant principalement la réalité virtuelle, l’immersive learning présente des atouts éprouvés et reconnus par un nombre croissant d’acteurs : « La réalité virtuelle offre des environnements immersifs, actuels ou futurs, réels ou simulés. C’est une réponse parfaite pour des solutions de formation à distance, » explique-t-on chez Capgemini. « Elle reproduit une situation à laquelle le collaborateur est confronté dans toute sa complexité, et qu’il doit surmonter grâce à des éléments virtuels, cela sans avoir à se déplacer. Le coût de formation est ainsi réduit, en plus d’apporter un côté ludique favorisant l’apprentissage ».

Chez Harvard Business Review, l’analyse est encore plus dithyrambique : Fondé sur la réalité virtuelle qui a bénéficié de rapides améliorations matérielles et technologiques, « l’immersive learning est devenue la ‘Killer App’ de la réalité virtuelle, et de nombreuses entreprises du Fortune 500 considèrent cette solution comme un élément-clé de leurs programmes de formation ». C’est à se demander quels peuvent bien être les ingrédients de cette recette quasi-magique !

Engagement, performance, répétition, sécurité… et scalabilité

Ce 5 mots résument les principaux atouts des dispositifs d’apprentissage immersifs : 

  • En immergeant les apprenants dans un environnement virtuel, il est possible d’atteindre un niveau optimal d’engagement et de concentration. Ce qui accroît significativement le taux de mémorisation.
  • L’immersion démultiplie la stimulation sensorielle & émotionnelle, et permet de développer une pédagogie active : plongé dans une scène suffisamment réaliste, l’apprenant y prend part… et mémorise ainsi beaucoup plus d’informations (90% de ce que l’on fait contre 10% de ce que l’on lit ou 20% de ce que nous entendons selon la pyramide de l’apprentissage). Pour en savoir plus, n’hésitez pas à lire notre article « apprentissage et réalité virtuelle ». Combinées de manière optimale, l’ensemble de ces caractéristiques permettent d’améliorer l’apprentissage sur de nombreux plans : taux de mémorisation, vitesse d’apprentissage ou encore réduction du taux d’erreur au sortir de la formation.
  • Utilisables à de multiples reprises, dans diverses situations, les dispositifs d’apprentissage immersifs permettent aisément de « casser » la courbe de l’oubli (la propension naturelle à oublier des informations acquises avec le temps). Ils donnent aussi à l’apprenant le droit à l’erreur, le libérant du stress de l’échec et augmentant son niveau de confiance à l’issu de son apprentissage.
  • L’immersive learning permet aussi de simuler des situations rares, dangereuses, stressantes ou encore très coûteuses à mettre en place dans la réalité. Ce qui en fait un outil d’une incomparable efficacité pour préparer des équipes à des contextes difficiles. « Plus la tâche à transmettre est complexe ou stressante, plus l’apprentissage immersif aura d’impact, » résume-t-on chez HBR. 
  • Enfin, le recours à l’immersive learning constitue le seul moyen de rendre la formation par la pratique scalable. Et d’envisager de conséquentes économies d’échelle par rapport à un dispositif d’apprentissage classique (tout en améliorant les performances de cet apprentissage !).


Source : corporate.walmart.com

L’un des use cases les plus impressionnants en la matière concerne le géant américain de la distribution Walmart, qui a décidé de former plus d’un million de ses employés grâce à la réalité virtuelle. L’un de ces modules immersifs concerne la formation à l’utilisation de ses « Pickup Towers » (kiosques installés en magasins permettant aux clients de récupérer leurs achats réalisés en ligne). Sur ce seul module, l’utilisation de la réalité virtuelle a permis à l’entreprise de passer d’une formation sur site de 8 heures par personne… à 15 minutes de formation immersive, sans perdre en efficacité. A l’échelle de l’entreprise, l’économie dépasse le million de jours travaillés ! 

Un changement fondamental dans le domaine de la formation

Avec de tels atouts – et de tels bénéfices à la clé – les dispositifs d’apprentissage immersifs sont vite passés du statut de technologie innovante à celui d’outil stratégique pour les entreprises les ayant déjà mises en œuvre. « Ce qui a commencé par être une technique de formation plus efficace, augmentant l’engagement et le niveau de mémorisation est devenue une ‘plateforme’ business scalable et un moteur du changement, » conclut HBR dans son étude The future of Work Is Immersive.

En hissant l’immersive learning au rang d’outil stratégique, il est logique que ces cabinets d’étude conseillent aux entreprises souhaitant intégrer les technologies immersives de concevoir une…stratégie de développement ! « C’est un changement fondamental dans le domaine de la formation, explique-t-on chez AccentureXR. Alors ne vous lancez pas juste pour vous lancer. Identifiez clairement quels sont vos besoins, quels sont les objectifs de vos formations. Et comment vous pouvez envisager un déploiement à grande échelle ».

Parmi les recommandations les plus fréquentes on peut aussi noter : 

  • Mettre en place un modèle de gouvernance centralisée et sensibiliser les utilisateurs à ces technologies. Dans son étude, Capgemini a en effet constaté que 78% des entreprises pionnières ont mis en place des équipes centralisées pour gérer globalement leurs initiatives AR/VR.
  • Identifier les cas d’utilisation des technologies immersives offrant le plus de valeur pour les collaborateurs et l’entreprise. Et se focaliser sur le déploiement de ces derniers. Il s’agit, dans le contexte particulier de votre entreprise de sélectionner ceux qui auront un impact significatif et clairement mesurable.
  • Evaluer comment les technologies immersives peuvent s’intégrer au mieux à votre infrastructure existante en matière de formation du personnel. Aussi performantes soient-elles, les technologies immersives n’ont pas vocation à remplacer toutes les solutions de formation. Les meilleurs résultats étant toujours obtenus par des approches composites, mixant les avantages propres à chaque méthode de formation.
  • Investir dans la formation d’équipes d’experts en interne pour maximiser l’adoption de ces technologies dans l’entreprise. C’est en tout cas ce que conseille Capgemini, en constatant que 93% des entreprises pionnières ont lourdement investi dans ce domaine…
    Dans le cadre d’une première tentative d’utilisation de ces nouvelles technologies, s’appuyer sur l’expertise de spécialistes de l’immersive learning constitue un premier pas !

RESSOURCES

Capgemini Research Institute – septembre 2018
Technologies immersives : l’usage de la réalité augmentée et de la réalité virtuelle devrait s’imposer en entreprise d’ici les trois prochaines années
https://www.capgemini.com/fr-fr/news/technologies-immersives-lusage-de-la-realite-augmentee-et-de-la-realite-virtuelle-devrait-simposer-en-entreprise-dici-les-trois-prochaines-annees/

Harvard Business Review Analytic Services – 2020

Report : The Future of Work Is Immersive
https://www.strivr.com/resources/ebooks/hbr-report-immersive/

IDC – Novembre 2020Worldwide Spending on Augmented and Virtual Reality Forecast to Deliver Strong Growth Through 2024, According to a New IDC Spending Guide
https://www.idc.com/getdoc.jsp?containerId=prUS47012020

A propos de l'auteur :

Philippe Guibert

Journaliste en presse professionnelle & économique.

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